Il va de soi que les questions liées aux terrains dits « sensibles » ne sont pas propres à la vulnérabilité résidentielle. Cependant, certaines spécificités peuvent être dégagées qu’il s’agira de mettre en lumière. Nous proposons pour ce faire de diviser la journée en quatre ateliers thématiques :

L’entrée sur le terrain

Avant de se rendre sur le terrain, le chercheur doit définir la population qu’il étudie et les contours de l’enquête. Or, les situations de vulnérabilité résidentielle sont le plus souvent difficilement repérables et rarement clairement délimitées. Face à ce caractère flou, à quels types de catégorisations le chercheur se réfère-t-il (catégorisations institutionnelles, associatives, statistiques, etc.) et quelles sont les implications et les limites de ce choix ? Comment repérer les situations étudiées alors que dans certains cas les enquêtés cherchent précisément à se rendre invisibles et à se fondre dans la ville (notamment s’ils sont dans l’illégalité) ? Quels intermédiaires (associations, acteurs institutionnels…) sont mobilisés pour accéder au terrain et quelles sont les implications de ce mode d’entrée ? Enfin, comment le chercheur se présente-t-il face aux enquêtés, ce qui est souvent décisif pour la suite de la relation nouée ?

La relation d’enquête

L’échange du chercheur avec les personnes en situation de grande précarité soulève de nombreuses questions. Comment éviter le voyeurisme ? Comment faire face aux attentes éventuelles que les enquêtés en difficulté résidentielle peuvent avoir vis-à- vis du chercheur/des enquêteurs ? En s’intéressant à ces personnes, on peut en effet susciter malgré soi certains espoirs : comment dès lors clarifier les malentendus et quels problèmes éthiques cela soulève-t-il ? Inversement, le chercheur peut susciter une méfiance d’autant plus grande que la vulnérabilité résidentielle s’accompagne d’éléments d’illégalités. Comment dans ce cas gagner la confiance de ses interlocuteurs ? Là encore, la question de l’échange peut être déterminante.

Par ailleurs, enquêter sur la vulnérabilité résidentielle ne laisse jamais indifférent. Face à des situations parfois tragiques, révoltantes, ou d’injustice criante, comment le chercheur « gère »-t-il ses émotions, et quelle place leur donner dans la restitution d’un terrain de recherche ? Existe-t- il une « bonne » distance, entre empathie et détachement ? Des dilemmes moraux peuvent aussi se poser : dans certains cas, le chercheur se trouve confronté à des situations « intolérables » ou qu’il est sensé signaler au regard de la loi (ex : des situations de maltraitance, des infractions…). Doit-il alors sortir de son attitude de réserve et se donner l’obligation d’intervenir ? Quelle est sa responsabilité civique et citoyenne ?

Méthodes qualitatives et/ou quantitatives

Si les méthodes qualitatives sont généralement privilégiées pour enquêter sur la vulnérabilité résidentielle, les enquêtes quantitatives commencent à se développer (voir par exemple l’enquête « Sans-domicile » menée par l’INSEE et l’INED, l’enquête « Enfam » du Samu Social ou d’autres enquêtes par questionnaires à une échelle plus réduite). Quelles difficultés spécifiques soulèvent ces enquêtes ? Comment, par exemple, obtenir un échantillon quand on ne dispose d’aucune base de sondage (comme c’est le cas pour les sans-domiciles, les squats, etc.) ou quand la population étudiée est extrêmement mobile ? Comment aussi faire face à des conditions matérielles d’enquête peu favorables à la passation (absence de confort, d’intimité…) ?

Le thème classique de la complémentarité des méthodes pourra aussi être abordé : quels résultats distincts apportent le qualitatif et le quantitatif ? Les méthodes ethnographiques doivent-elles être considérées comme une condition préalable sine qua non à la réalisation d’une enquête par questionnaires auprès de populations en situation de vulnérabilité résidentielle ? La question du financement pourra également être explorée. Quels problèmes la dépendance à un organisme financeur peut-elle poser ?

La restitution

Une fois la recherche terminée, se pose la question de la restitution des résultats. Quand on s’y est engagé, comment rendre compte de ses observations aux personnes enquêtées ? L’analyse scientifique peut en effet revêtir une certaine violence pour les personnes concernées qui sont mises face à leur propre domination, à l’injustice de leurs conditions de vie, etc. Par ailleurs, quelle attitude adopter face aux institutions, aux associations et aux médias qui sollicitent une prise de parole ? Faut-il « tout dire » et quelles précautions prendre ? Par exemple, certains chiffres peuvent être extrêmement polémiques ou mal compris quand ils sont sortis de leur contexte. Quels sont les enjeux scientifiques et éthiques du chiffrage fourni par la recherche ?