Pris dans les logiques de la métropolisation, le périurbain est devenu progressivement depuis une quarantaine d’années un référentiel important de la vie urbaine. L’étalement urbain, les modes de vie liés à l’automobile et un rapport discontinu à l’espace urbain et aux nouvelles centralités périphériques se traduisent par une double dynamique de fragmentation spatiale accrue d’une part et de densification des espaces intermédiaires d’autre part.

Les lieux du périurbain dominent, tant dans leur extension spatiale (le lotissement et l’habitat pavillonnaire groupé) que dans les discours sur le polycentrisme métropolitain (lieux d’activité, de chalandise, de centralités). De fait, la vie périphérique a imposé ses modalités, ses normes, ses pratiques : modes et lieux de consommation (centres-commerciaux, consommation de masse et espaces commerciaux franchisés, cinémas multiplex), contraintes de mobilités (les prisonniers de l’automobile), référentiels sociaux et familiaux (y compris dans la dimension du genre), mode d’habiter (la maison et le lotissement), expression politique, modalités de gouvernance (espaces pionniers de l’intercommunalité d’une part, de la gouvernance urbaine privée d’autre part), production culturelle et sociale (le suburbain, espace majeur de la production contemporaine audiovisuelle notamment dans les contextes anglosaxons).

Dans ce contexte global, les clichés sur le périurbain comme “non-lieu”, anti-urbain ou continuum périphérique soumis à une vision caricaturale de l’informe et de l’uniformité généralisée ont vécu. Le positionnement des recherches a évolué : l’approche des espaces périurbains a été, au départ, divisée entre « ruralistes » et « urbanistes ». La reconnaissance par les chercheurs de l’existence d’un « tiers espace » a largement précédé l’officialisation du zonage en aires urbaines par le système statistique. Le terme d’« espace(s) périurbain(s) », les recherches sur sa nature, connaissent aujourd’hui un regain, sans doute en relation avec les interrogations sur sa « durabilité », mais aussi sur la diversité des formes, pratiques et processus qui mettent ces espaces en tension et les font évoluer rapidement. Au-delà du périurbain pavillonnaire peu dense et rural, la catégorie statistique de couronne périurbaine comprend de nombreuses communes urbaines et incorpore des formes d’évolution d’anciens tissus ruraux par densification du bâti et des fonctions. De plus , les solidarités fonctionnelles, dans les deux sens, entre les marges des agglomérations urbaines et les franges périurbaines sont évidentes.

Parmi ces processus, le changement social et économique n’est pas le moindre: déclin du monde ouvrier, gentrification, vieillissement de la population, chômage, accroissement des tensions entre les plus riches et les plus pauvres dans un régime d’accumulation en partie orienté par les dynamiques immobilières et foncières. Ces tensions sociales semblent affecter plus intensément les espaces périurbains dans leurs composantes résidentielles – indurant et ancrant les inégalités et questionnant fortement leur durabilité – que les espaces centraux, plus fluides dans leurs recompositions permanentes.

Dans ce contexte, les travaux de l’atelier “formes et devenir des espaces périurbains” pourraient aborder les questions suivantes (liste non limitative) :

  • La question de la “normalisation” du périurbain, et de la prise en compte de cette norme est en soi un débat pluridisciplinaire (urbanistes, aménageurs, géographes, sociologues, historiens, économistes) et qui implique les acteurs des politiques publiques.
  • La question du terme “périurbain” dans les problématiques de l’habitat. Le terme lui-même de « périurbain », peut donc sembler de moins en moins adapté pour définir soit le développement urbain d’espaces de densité intermédiaire (la « périurbanisation »), soit les morphologies fragmentées et diffuses (de plus en plus contrôlées par les règlements d’urbanisme), soit l’éclatement des lieux de la vie quotidienne (le mode de vie « périurbain automobile ».
  • Périurbain, trajectoires résidentielles, ancrage et changement social. Plusieurs approches peuvent être croisées : l’induration des inégalités et de la ségrégation, les aspects du changement social dans le périurbain selon les contextes (déclin ouvrier ? constitution de territoires de relégation ? gentrification périurbaine) ? Le poids relatif des logiques de reproduction sociale, des nouvelles polarisations, et le rôle des trajectoires sur l’espace des familles, l’ancrage, la décohabitation des jeunes, la séparation des ménages, le rôle croissant des retraités en constituent quelques aspects.
  • Les “hauts-lieux” du périurbain : il s’agit de reconnaitre aux lieux du périurbain un sens, une valeur, une capacité à créer des pratiques, du lien social, de l’ancrage pour les habitants, une contribution réelle à définir des territoires, bref, à participer à la fabrique d’une autre figure de la durabilité territoriale, à côté, et non concurremment à celle de la ville compacte alliant densité et diversité dans la proximité. – La morphologie des zones de contact entre rural et urbain, entre résidentiel et espaces non-bâtis, et notamment des modes de valorisation (pratiques de loisir, pratiques de consommation dans les espaces ruraux, pratiques d’appropriation valorisation foncière, approches de la mutabilité des espaces) ;
  • Les pratiques de mobilité, les enjeux de la mobilité quotidienne spécifiques aux espaces périurbains et particulièrement la hausse du coût de l’énergie (amortissement de la hausse des coûts de l’essence par une évolution des pratiques, le covoiturage, l’usage des modes alternatifs, un recours plus importants aux espaces de proximité, de nouvelles formes de mobilités résidentielles tendant vers la recherche d’aménités locales.
  • La périurbanisation au prisme du développement durable : les coûts de ce mode d’urbanisation, le rapport aux espaces verts ; le rapport aux paysages – espaces résidentiels et “trames vertes”.
  • Périurbain, espace politique, et enjeux de gouvernance : ce questionnement couvre à la fois les enjeux propres aux modalités de gouvernance (intercommunalité, gouvernance urbaine privée…) et aux enjeux propres en termes de démocratie locale, mais aussi les questions d’expression politique directe (électeurs, vote) ou indirecte (les acteurs locaux dans leur diversité).
  • La question de la morphologie résidentielle (associée aux logiques d’acteurs – promoteurs, collectivités locales), aux effets de contexte et aux doctrines d’urbanisme (enclavement, fermeture, rétrocession, rénovation, densification).