A l’occasion de cette première rencontre publique de l’atelier « Vulnérabilités résidentielles » du Rehal, on se propose de travailler et d’échanger sur la thématique de l’accueil et de l’hospitalité en lien avec l’habitat, et particulièrement dans les situations de vulnérabilité résidentielle (habitat mobile, de transit, configurations résidentielles ou domestiques sous contraintes, etc.).

L’idée est de prendre toute la distance nécessaire avec la vision réductrice, voire misérabiliste, des formes et modes d’habiter précaires ou non conventionnels, afin d’en saisir les dimensions hospitalières, ou au contraire de mieux comprendre ce qui rend l’accueil impossible. Les espaces en friche de la ville peuvent-­‐ils être des espace-­‐temps d’accueil, pour qui et comment ?

En contrepoint, les façons d’habiter organisés par la solidarité institutionnelle sont susceptibles de frustrer la possibilité d’habiter en rabattant notamment le droit au logement à sa seule fonction d’abri. Plus largement, la question de l’habiter, et donc de l’accueil de l’autre, apparaît comme un impensé de l’action publique en charge de l’hébergement et de l’habitat. La condition de précaire revient-­‐elle à « vivre en étranger » ? Par ailleurs, faut-­‐ il « habiter quelque part », être « ancré » pour accueillir ? L’accueil des Gens du voyage en France peut être un bon exemple pour illustrer ce questionnement, et pour déconstruire les images d’un habitat considéré comme vulnérable alors qu’il fait partie intégrante d’un quotidien très largement valorisé par les Gens du voyage eux-­‐mêmes. On examinera aussi les processus d’identification et d’appartenance qui sont à l’œuvre dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban et une favela à Rio de Janeiro.

L’approche micro-sociologique ébranle la conception de ces espaces comme homogènes ou figés dans le temps. Non seulement les Palestiniens ont une histoire en tant que peuple, mais aussi les camps de réfugiés ont une histoire qui va au-­‐delà de leur fonction symbolique. Au Brésil, la stigmatisation et la criminalisation des espaces favelados contribuent à la formation d’un discours hautement réducteur (Amanda Dias, IIAC-­‐LAU). On ne part pas de rien sur les fondements sociaux de l’accueil d’autrui (voir en particulier les travaux d’Anne Gotman). La question est ici de discuter de la possibilité de l’accueil en lien avec la vulnérabilité en ouvrant l’éventail des contextes. Il nous faut revenir à l’économie du don et aux dangers de l’abus d’hospitalité, en reprenant les configurations produites par« l’hébergement chez un tiers », (tant du côté de l’hébergé que de celui de l’hébergeant) que l’on comparera à la situation dans les hôtels meublés.