Effets sociaux et spatiaux, évaluations, mobilisations

La vulnérabilité résidentielle est un mécanisme de fragilisation intimement associé aux risques économiques, sociaux et environnementaux. Les projets urbains et en particulier la catégorie plutôt vague des “grands projets” font partie des processus qui placent certains individus en situation de vulnérabilité et renforce la vulnérabilité de ménages déjà précaires. Dans les situations métropolitaines, le projet urbain et les grands projets se sont imposés comme mode de production de la ville, à l’instar des projets d’aménagement et de restructuration du tissu et du bâti urbains, ou des projets d’infrastructures de transport urbain. Les préparatifs dans le cadre de méga évènements offrent un contexte particulièrement propice à de tels projets. Lorsqu’ils comportent une dimension liée à l’habitat, les projets urbains se retrouvent sous diverses dénominations : réhabilitation ou restructuration d’habitat précaire, résorption des bidonvilles, projets de renouvellement urbain ou de rénovation urbaine dans les quartiers populaires centraux ou périphériques. Ces projets entraînent fréquemment des évictions de population, qui prennent appui sur des arguments d’utilité publique, de risques environnementaux, d’insalubrité ou d’illégalité de l’occupation. En outre, le régime d’exception qui caractérise souvent le mode de gestion de ces projets modifie les catégories du droit et de la redevabilité.

Trois axes d’interrogation sont privilégiés durant cette journée de réflexion:

  1. la production de vulnérabilités résidentielles par les (grands) projets urbains ;
  2. les études d’impact et l’évaluation de ces vulnérabilités ;
  3. les mobilisations des habitants.

La production de vulnérabilités résidentielles par les (grands) projets urbains

Cette journée vise d’abord à explorer les différents processus de production ou de renforcement de la vulnérabilité résidentielle par les (grands) projets urbains : mobilité résidentielle forcée ou en partie choisie, relégation spatiale, expulsions, expropriations, “spoliation”, perte de biens immobiliers, perte de liens sociaux, affaiblissement des ressources économiques, etc.

On pourra distinguer le cas des groupes impactés qui étaient déjà en situation de précarité (habitants de bidonvilles « illégaux » par exemple), de ceux, jusqu’ici peu exposés (locataires ou propriétaires « légaux »), pour lesquels le projet urbain crée de nouvelles situations de vulnérabilité. Ceci soulève aussi la question des différences entre villes du Sud et du Nord qui seraient liées à la précarité de la tenure foncière et des statuts d’occupation.

Nous examinerons également les variations et déclinaisons possibles des vulnérabilités produites :

  • déclinaison au fil de l’avancement du projet,
  • effets différenciés sur les habitants selon les types de projets,
  • effets aggravés ou limités en fonction du contexte de gouvernance urbaine et/ou de régime politique, d’alliance de croissance, ou encore du contexte exceptionnel d’un méga-événement international (sportif ou culturel) ;
  • variations suivant les types d’acteurs impliqués dans la décision et la mise en œuvre (acteurs publics ou privés ; acteurs locaux, nationaux ou internationaux ; etc.).

 

Etudes d’impact et évaluation des vulnérabilités

On s’interrogera par ailleurs sur la manière dont les risques de précarisation et vulnérabilité accrue, les divers effets sociaux et spatiaux, sont ou non pris en compte par les pouvoirs publics, les institutions, les entreprises privées et les professionnels impliqués dans la conception ou la mise en œuvre des projets. Ceci conduit à se pencher sur les études d’impact social et environnemental et le type d’évaluation réalisée. Pour quel usage, et sous quel type de pression ou injonction sont-elles effectuées ? A quel stade du projet : en amont durant la phase de conception, durant le processus, ou ex post ?

Dans ces évaluations, comment sont appréhendées les vulnérabilités et avec quelles méthodes, et quel suivi dans le temps ? Quelles sont les disciplines convoquées dans ce type d’exercice ? Quelle est la marge d’autonomie respective des évaluateurs (y compris des experts et chercheurs éventuellement convoqués) vis-à-vis des commanditaires et des porteurs de projet ? Quel peut-être l’effet rétroactif sur la mise en œuvre du projet ?

 

Les mobilisations des habitants face aux projets urbains

Les mobilisations des habitants face aux projets urbains qui les affectent doivent également retenir l’attention de la recherche. Tout d’abord, comment s’organisent-elles : en associations ou collectifs de résidents, ou sont-elles impulsées de l’extérieur par des ONG ou mouvements de défense du droit au logement ? Qui, selon les contextes et les types de projet portent ces mobilisations et sur quels registres s’appuient-elles (par exemple celui des droits humains et du droit au logement) ?

Il est ensuite important de s’interroger sur la façon dont les mobilisations parviennent – ou non – à influencer les conditions réelles de déroulement du projet, et permettent – ou non –d’atténuer les processus de « vulnérabilisation ». On regardera précisément le rôle des configurations d’acteurs (associations de résidents, ONG, pouvoirs publics, élus politiques, chercheurs, institutions internationales). Par exemple, dans un certain nombre de pays, les institutions transnationales et/ou les chercheurs ont pu dénoncer les mises en vulnérabilités : cela modifie t-il pour autant le cours ordinaire du projet et les processus délibératifs ? Quel est l’impact sur la transparence et la redevabilité dans la mise en œuvre du projet?

In fine, on tentera d’esquisser une comparaison des changements dans les modes de prise en compte des vulnérabilités résidentielles entre Nord et Sud, et plus largement durant les quelques décennies d’urbanisme interventionniste et internationalisé.