La vulnérabilité est constitutive du fait urbain. Dans ce dossier des Annales de la recherche urbaine nous l’aborderons sous deux angles. La distinction faite entre une vulnérabilité des « choses », des objets ou des systèmes, et un versant plus social considérant les « gens » n’invite pas nécessairement au même découplage dans les propositions de contribution.

La vulnérabilité des choses

De tout temps, les événements catastrophiques ont été redoutés par la population des villes et leurs édiles. L’incendie de Londres, le tremblement de terre de Lisbonne, en passant par les inondations et les grandes épidémies illustrent la fragilité des concentrations urbaines. La concentration de population fait la force de la ville par les interactions sociales et les solidarités permises, mais également sa faiblesse (en cas d’attentat par exemple). Dans le cas de catastrophes majeures (comme celle de Fukushima), l’urbain est comme prolongé par la diffusion de leurs effets.

Malgré un certain nombre d’avancées technologiques, (citons par exemple celles visant à prévenir les crues), l’urbain contemporain est et reste vulnérable. La complexité des systèmes technologiques nécessaires à son fonctionnement, des réseaux de transport aux réseaux électriques et hydrauliques en passant par les réseaux communicationnels participent de manière paradoxale au renforcement de sa puissance tout en le rendant inexorablement plus vulnérable. En effet, plus un système est complexe, plus il est sensible à l’incident et à ses effets en chaîne. Comment la vulnérabilité est prise en compte par les différentes catégories d’acteurs, de l’habitant au technicien, de l’investisseur à l’élu ? Autrement dit, comment intègre-t-on la vulnérabilité dans les processus de décisions institutionnels et les choix individuels ? Quelles sont les stratégies d’adaptation et d’anticipation face à la vulnérabilité ? Des articles susceptibles d’améliorer la compréhension de la prise en compte de la vulnérabilité des « choses » et des dynamiques ainsi enclenchées sont attendus.

La vulnérabilité des gens

La prise en compte de la vulnérabilité (et de la dépendance) est un élément majeur de la condition urbaine. Dans la « société du risque », on observe des dynamiques privées ou publiques qui ont pour objet de réduire tel ou tel facteur de précarisation (logement, déscolarisation, insertion, accès aux ressources communes et néanmoins inatteignables, etc.). Si certaines contribuent à une meilleure protection, voire émancipation, d’autres au contraire accentuent les vulnérabilités en tentant de les prendre en charge. Les vulnérabilités sociales affectent différentes figures de citadins : personnes à la rue (errants, sdf, usagers de drogues, travailleurs du sexe) ou isolées dans l’espace privé de leur domicile (migrants âgés, mal-logés, mères isolées, etc.) ou encore dans un entre-deux instable (jeunes, personnes handicapées, etc.). L’analyse de leur condition, en entrant par les processus, apparaît, à maints égards, plus porteuse que l’entrée par les catégories (qu’elles concernent des populations ou des espaces), dont l’instabilité même invite à les déconstruire.

On pourra aussi éclairer les lieux, les temps, les dispositifs, les institutions, les groupes, engagés dans des pratiques pourvoyeuses de protection, de solidarité ou d’assurance, qu’elles soient alternatives ou majoritaires. Dans quelle mesure le vivre en ville accentue-t-il l’insécurité et la vulnérabilité dans toutes ses formes : psychologique, économique, sociale, culturelle des citadins ? Est-il possible de distinguer des trajectoires de vulnérabilité ? De caractériser les alliances, collaborations, conflits, évitements, occasionnés par la rencontre avec l’autre (et soi-même) vulnérable? Des textes relatant le repérage de micro-lieux et de micro-moments où l’engagement des acteurs a un impact majeur sur les basculements, reprises, tournants, seront appréciés.